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volume 5 numéro 18
 
Luc Pallegoix



À nos amis rom

Dans la peur, vous avez dû partir.
Avec ce départ est venue la peine,
Avec la peine, la souffrance
Avec la souffrance, la douleur,
Avec la douleur, le déracinement,
Et, avec ce déracinement, une autre demeure.

Vous nous avez ouvert une nouvelle porte.
Avec cette porte, votre vie,
Avec votre vie, vos souvenirs,
Avec vos souvenirs, vos rêves,
Avec vos rêves, vos fêtes
Et, avec vos fêtes… votre cœur!

Puissions-nous, avec nos cœurs, danser.
Avec ces danses, apprendre la complicité,
Avec la complicité, le respect,
Avec le respect, la confiance,
Avec la confiance, « l’être ensemble »,
Et, ensemble, fabriquer de nouveaux souvenirs.

Pour nous écrire... info@labandeasylvain.com
 
Luc Pallegoix

Migrer, immigrer, émigrer

Vous l’aurez sans doute déjà remarqué, les mots de la même famille que migration sont très nombreux : migrer, émigrer, immigrer, migration, migratoire, etc.

Attachons-nous pour commencer au verbe migrer. Le Nouveau Petit Robert de la langue française définit ce mot de la façon suivante : changer d’endroit, de région, émigrer en parlant des humains et des espèces animales.

Tant pour les humains que pour les animaux, la migration ne se réduit pas au déplacement géographique. Migrer, ça n’est pas juste se déplacer pour passer les vacances ailleurs ; c’est changer de mode de vie, de culture, de civilisation, parfois fuir une situation politique insoutenable ou un cataclysme naturel, etc. Les oies se déplacent vers le Sud pour y trouver un climat plus favorable à leur mode de vie ou plus de nourriture. Les humains migrent d’un pays dans le but de trouver une meilleure situation politique, économique ou autre. C’est une démarche qui n’est jamais anecdotique, à tel point que nous avons eu besoin d’autres verbes pour préciser ou développer le propos : immigrer et émigrer.

À vrai dire, tous ces verbes ont à peu près la même signification, seul le point de vue change. Le Petit Robert précise qu’immigrer (avec deux m) est l’action d’entrer dans un pays étranger pour s’y établir alors qu’émigrer (avec un seul m) est l’action de quitter son pays pour aller s’établir dans un autre.

Émigrer, c’est d’où l’on part, immigrer, c’est où on vient.
Si on applique cela à mon cas personnel. Je suis Français et je suis parti m’établir au Canada.

J’ai donc migré d’Europe vers l’Amérique du Nord. Émigrer de France, immigrer au Canada. La prochaine fois que je survolerai l’Atlantique, j’essayerai de voir à quel moment, dans l’avion, je bascule de l’émigration vers l’immigration!!!
À suivre...

Pour lui écrire… lulu@labandeasylvain.com
Ill.: Luc Pallegoix
 

Aujourd’hui, nos amis rom de La bande à la Capitaine du Quartier Planoise à Besançon, en France, partagent avec nous un bout de leur histoire. Ils lèvent le voile sur une étape difficile qui a malheureusement marqué la vie de leurs familles.
Sylvain et Lulu

Se souvenir de nos racines

Le pays de nos origines, le Kosovo, se situe en ex-Yougoslavie. Sa capitale est Priština. Au nord-ouest de sa frontière, c’est le Monténégro, au nord-est, c’est la Serbie, au sud-ouest, l'Albanie et au sud-est, la Macédoine.

Certaines de nos familles sont en France depuis plusieurs générations. Mais, en 1999, avec la guerre au Kosovo, beaucoup de familles rom fuient le pays pour échapper aux massacres. La France nous a accueillis, entre autres, la ville de Besançon.
 
 
Se souvenir pour ne pas oublier…

La guerre a débuté au Kosovo en 1999. Alors que les bombardements s’intensifient, nous décidons, mon mari et moi, de quitter le pays avec nos quatre enfants. Nous devons passer par le Monténégro pour rejoindre la côte albanaise.

Nous y séjournerons 15 jours, dormant à même le sol, dehors, avec beaucoup d’autres personnes. Les enfants pleurent. Ils ont faim, nous n’avons rien à leur donner. Des Albanais nous offrent un peu de pain.


Une nuit, vers trois heures du matin, « on » vient nous chercher pour partir. Pour atteindre l’Italie, « on » nous informe que nous aurons trois heures et demie de traversée à faire sur la mer Adriatique. Un bateau pneumatique nous attend. Nous devons sauter dans l’embarcation depuis un petit monticule de 1,50 m. Nous sommes très nombreux. Et nous ne pouvons pas garder nos bagages. Nous devons tout jeter à la mer, même nos souvenirs.

Nous sommes tous accroupis dans notre bateau qui glisse sur l’eau. Heureusement, la mer est calme. Une dame attend un bébé. Il  a bien failli naître sur le bateau.

Dès notre arrivée en Italie, le matin de bonne heure, la police est avertie. En Italie « on » est gentil avec nous, même si les policiers sont obligés de nous fouiller, mais nous n’avons rien avec nous. Des médecins nous reçoivent et s’assurent que nous sommes tous en bonne santé. Du plus petit au plus âgé, nous prenons une douche et des vêtements propres nous sont donnés, puis de la nourriture.

Dans plusieurs voitures, nous sommes conduits dans un forum pour y séjourner un mois. À cet endroit, il y a beaucoup de monde dans la même situation que nous. Chaque famille attend pour partir, soit en France, soit en Allemagne ou en Belgique.

Nous, nous avions depuis 30 ans de la famille en France. C’est un cousin qui est venu nous chercher directement en Italie pour nous amener à Besançon chez ses parents où nous séjournerons six mois…

Puis nous partons pour un certain temps à Lyon car nous n’avons plus de papiers d’identité et pas de papiers français. Nous resterons à Lyon jusqu’à ce que les formalités officielles soient remplies, c'est-à-dire jusqu’à ce que des papiers d’identité nous soient remis pour pouvoir rester officiellement en France.

Nous vivons aujourd’hui à Besançon. Mon mari travaille. Depuis notre arrivée en France, nous avons eu deux enfants, ce qui nous fait, en tout, six beaux rejetons qui vont tous à l’école. Toute ma famille est reconnaissante d’être ici en sécurité. Ce qui fait de nous des Français d’adoption qui appartiennent à la grande famille internationale des Rom.

Témoignage recueilli auprès de
la maman de M.

Mais qui sont les Rom? C’est ce que nous vous dirons au fil du temps…
dans d’autres J’@ime… express!!!

La bande à la Capitaine
Classe reporter de La bande à Sylvain, Quartier Planoise, Besançon

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À la rédaction cette semaine :
Sylvain et Lulu, ainsi que La bande à la Capitaine, classe reporter de La bande à Sylvain, Quartier Planoise, Besançon

Pour nous joindre... info@labandeasylvain.com

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© Sylvain Dodier et Luc Pallegoix
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Ill. © Luc Pallegoix